Dieu n'a qu'une seule passion :
aimer et vouloir être aimé. Il ne
peut pas ne pas aimer, presque
comme si c'était une faiblesse,
alors que, bien sûr, c'est sa force.
______________________________________________Sören KierkegaardLe plus lourd fardeau,
c'est d'exister sans vivre.
________________________________'____________________ Victor HugoLe chef de gare prend un brusque hélent et souffle dans ce cinglant sifflet, indiquant ainsi le départ imminent du train. Tu jettes à une vitesse telle que mon cerveau psychotique ne la perçoit même pas, cette cigarette que tu avais à peine entamé et t'enfonce dans le monstre fumant qui t'arrache à moi en quelques instants. Pour qui sonne le glas ? Et puis c'est ce silence horrible qui se fracasse contre mon crane, là où le vide pourris depuis trop longtemps. Ce départ là était différent, assez différent pour que je me remette à écrire. Un départ de plus, un de trop, celui qui te questionne un peu trop : ou va t-on tous les deux comme ça ? Combien de semaines et d'années encore faudra t-il s'acharner contre ces distances qui t'éloignent de moi ? Le train démarre dans un fracas insupportable, dans une lenteur sadique, je crois que je vais tomber. Tout d'un coup les visages posés sur ces corps déambulant dans la gare me paraissent terrifiants ; les murs, les allées, les escalators, les stores éclairés ... tous deviennent titanesques et dévorants. Ils m'emportent, toujours un peu plus loin de toi. Cette semaine, comme avec 4 grammes dans les veines, comme une semaine à refaire le monde ; j'ai bus la tasse, place à la gueule de bois. Ce temps qui passe, comme une épouvantable prison dorée, l'or qu'on nous propose à petite dose, il me semble que la grande horloge qui surplombe la belle gare de Lyon tourne à l'envers. Le temps est un serial-killer qui se nourrit de nos chagrins, les mains pleine de sang. Mais moi en une semaine je peux tout refaire, un instant et la parcelle manquante d'un corps me rejoins, de nouveau libre du silence et de la solitude, "je suis seul au monde, ici-bas c'est chacun pour soit pour les pauvres et fiers solitaires comme moi". Toi et moi on sait refaire le monde en quelques secondes et le problème reste entier : quelques secondes, un temps indéfiniment court. Ton absence revêtit son grand manteaux, tissé de chagrin et d'amertume parce que oui, je t'en veux de vivre si loin, à toute angoisse il me faut bien un coupable. Et la vie redevient tout d'un coup ce citron que j'ai trop pressé, il me reste un zeste auquel j'essaye désespérément de redonner du gout. Comme des mikados, les rêves s'écroulent un à un pour se vautrer contre ce silence tortionnaire et barbare. En quelques années, j'ai dealé mon orgueil et ma méchanceté innée bon marché, j'avais abandonné les quelques défenses naturelles qui me dressaient contre le monde morose, le rose qu'on nous propose. "Montre jamais tes faiblesses et dans le pire reste fort ravale tes larmes car ta fierté reste au moins ta plus belle arme, donc je sais rire quand il le faut mais faut pas croire je craque dés qu'on m'tourne le dos". J'ai dit "oui" à la douleur et aux pleures et avouons que ce n'est que grâce à eux qu'on l'aime tant, la vie. Oui, grâce à toi je peux dire que je vis et non que j'existe comme tant d'autre. Nous sommes les évadés d'une prison doré, les évadés du monde miné, les évadés. "Je marche droit pour ne pas plier, d'ailleurs j'écris souvent pour ne pas crier".
Texte - Partial
Image - Joanneanne